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ans
vraiment le savoir, la vague du succès sur
laquelle Bernard Lama allait surfer, s’est
formée il y a près de 40 ans, chez
lui, en Guyane. C’est sur la plage de l’Anse
Nado et dans les rouleaux formés par l’Océan
Atlantique que tout a débuté. C’est
aussi dans cette enclave naturelle qu’il a
développé des qualités techniques
inédites qui feront de lui le meilleur gardien
de but des années 90. Les pieds dans le sable,
il s’est forgé une détente vertigineuse
en s’appliquant à capter à mains
nues les frappes de ses camarades de jeu. Le style
Lama était né. Avec son club de l’USL
Montjoly, il est ensuite devenu l’attraction
du coin avant que sa réputation de gardien
félin se répande dans toute la Guyane.
Malgré les réticences de son père,
le docteur Lama, également Maire de la commune
de Montjoly, Bernard n’a qu’un rêve
: devenir fooAtballeur professionnel et disputer
la Coupe du Monde. Repéré par un dirigeant
du LOSC lors d’un match avec la sélection
cadette de Guyane, il attendra de fêter ses
18 ans pour faire le grand saut et rejoindre, sans
l’aval du paternel, la métropole lilloise…
La transition est brutale et malgré
le froid et la mélancolie qui le désarçonne,
il s’accroche. Cela ne suffit pas pour jouer avec
Lille. Il est alors prêté à Abbeville
(D2) puis à Besançon (D2) où il commence
à s’affirmer. De retour dans le Nord, il
décroche son premier contrat pro et devient titulaire
avec les Dogues. Il y reste cinq saisons avant que le
club ne décide de liquider la majorité de
son effectif. Son crochet par la Lorraine, à Metz,
en 1989, ne lui laissera pas un souvenir impérissable.
Le voilà même confronté au chômage
l’espace de quelques semaines. Mais en mettant le
cap à l’ouest, à Brest, il va se relancer
aux côtés des Ginola, Martins, Guivarc’h…L’ascension
vers les sommets est lancée. Et ce n’est
pas le dépôt de bilan du club breton qui
va la freiner. A Lens, dans le rôle du chef de bande d’une petite colonie africaine (Jimmy Adjovi-Boco,
Hervé Arsène, Roger Boli…), il progresse
encore et se voit proposer en 1992 un challenge à
sa hauteur : succéder à Joël Bats dans
les cages du PSG. Il accepte malgré le forcing
de Bernard Tapie et de l’OM… La ville lumière
est idéale pour mettre en valeur son style spectaculaire.
Ses tenues bariolées, ses grandes envolées
tout en souplesse et ses incroyables prises de balle lui
apportent enfin la reconnaissance. On le surnomme «
le chat » ou « le jaguar ». C’est
l’heure des premiers trophées (Coupe de France
en 93, champion de France en 94) et des premières
sélections en Equipe de France. Après plusieurs
brillantes mais infructueuses campagnes européennes,
Bernard Lama soulève la Coupe des Coupes avec le
brassard de capitaine au biceps. La même année,
il emmène les Bleus jusqu’en demi-finale de l’Euro en Angleterre.
Il est au sommet de son art…
La
suite sera plus délicate. Une grave blessure
au genou en septembre 96 puis une suspension pour
usage de cannabis en janvier 97 incitent le PSG
a recruter Christophe Revault. Faute de trouver
un club à sa hauteur, Bernard Lama s’entraîne
à l’écart du groupe pro et doit
finalement se contenter de signer à West
Ham. Chez les Hammers, il doit attendre plusieurs
semaines avant de faire la loi dans les surfaces
anglaises. Mais il est déjà trop tard.
La Coupe du Monde approche et Aimé Jacquet
va accorder sa confiance au portier de Monaco, Fabien
Barthez. La désillusion est terrible pour
le Guyanais qui refusera de disputer le troisième
match de poule, contre le Danemark. Les Bleus sont
champions du Monde mais ce sacre lui laisse un goût
amer. Il se « consolera » en retrouvant
le club de son cœur, le PSG. Vice champion
de France en 2000, il ajoutera un nouveau titre
à son palmarès en remportant, toujours
dans le rôle de doublure, l’Euro 2000.
Malgré ses 37 printemps, il est toujours
ambitieux et rejoint le Stade Rennais entraîné
par son ami Paul Le Guen. Il s’agira de sa
dernière saison. Malgré des contacts
avec des clubs anglais (Sunderland, Birmingham City),
il rangera les gants dans le courant de l’année
2002. Depuis, il partage son temps entre Paris,
la Guyane et le Sénégal où
il a ouvert, avec Jimmy Adjovi-Boco et Patrick Vieira,
un centre de formation inédit basé
sur l’éducation. Avec Diambars, il
peut aider à sa maAnière ce continent
qu’il aime tant. C’est d’ailleurs
cette passion pour l’Afrique qui l’a
poussée à devenir sélectionneur
du Kenya en août 2006. Une expérience
riche en émotions mais qui n’aura duré
que cinq semaines. La faute à une fédération
insoumise qui n’a jamais tenu ses engagements
à son égard. Cette aventure lui a
néanmoins confirmé qu’il aimait
ce rôle d’entraîneur et qu’il
voulait replonger au plus vite. Histoire de continuer
à surfer sur la vague du succès…
USL Montjoly : « Je voulais
être Pelé »
« Plus qu’un club, l’USL Montjoly représente
toute ma vie. Entre 10 et 18 ans, j’y passais presque
toutes mes journées. Avant de prendre ma première
licence au club, je faisais du sport en permanence. Avec
mon grand frère et les copains, on jouait au foot
sur la plage, on grimpait dans les arbres, on se baignait
dans l’océan…J’étais insouciant.
Et puis en 1970, j'ai regardé ma première
Coupe du Monde. C'est là que ça a fait
tilt ! J’ai fantasmé sur le Brésil.
Je voulais être Pelé et marquer des buts. J’ai
donc pris ma première licence à l’USL.
Je disais que je voulais devenir footballeur mais les gens
n’y croyaient pas. Il faut dire que j’étais
petit et gros à cette époque. J’étais
boulimique. Je me faisais chambrer mais je ne me suis jamais
découragé. Je continuais à jouer au
foot avec mes copains -Yves, Gérard, Yves-Bernard-
ou les jeunes de l’orphelinat qui habitaient à
côté de chez moi. J’ai bossé tous
les jours et vers 14 ans je me suis transformé. C’est
là que c’est devenu sérieux. Je jouais
gardien mais aussi milieu ou attaquant. Je n’avais
pas encore de préférence. A l’époque
je n’étais pas un crack mais on me connaissait
car j’avais de la personnalité et j’étais
le fils du président du club, du Maire et du Docteur…Et
puis, le club est monté en DH. C’est à
ce moment que j’ai choisi de jouer dans les buts.
On gagne le titre et je dispute la Coupe Nationale Cadet.
Des clubs comme Lille, Cannes et Lens me sollicitent mais
mon père a refuséA que je parte. Il voulait
que je passe mon BAC d’abord. J’ai pris mon
mal en patience. La saison suivante (1980-81), on explose
tout ! L’équipe est valeureuse, très
soudée et je prends mon pied. Je deviens un peu l’attraction.
Dans ma tête je suis prêt à faire le
grand saut. Je recontacte Lille par l’intermédiaire
de Charly Samoy qui m’avait rendu visite l’année
précédente. Cette fois, je ne demande pas
l’avis du paternel. Je pars sans son accord. C’est
douloureux mais il fallait que je le fasse. J’étais
programmé, il n’y avait rien d’autre
que le foot qui comptait. Et je ne voulais pas que mon rêve
s’échappe… »
Lille-Abbeville : « Un échec sportif et social »
« Je
pose les pieds en métropole à l’été
1981 sans vraiment savoir ce qui m’attend.
Même si tout est différent, je conserve
un fil conducteur : le foot. C’est cela qui
me permet de tenir le coup. Au centre de formation
de Lille, je me sens un peu seul, isolé.
Le week-end, tous les pensionnaires rentrent à
la maison. Moi, je me réfugie dans la musique
et dans le reggae. Avec ma première paye,
je m’offre une chaine Hi-fi. Mon frère
m'envoie des casettes et je peux ainsi replonger
dans les rythmes qui me sont familiers. Au niveau
foot, je me rends compte que je suis loin des standards
habituels. Physiquement, je suis largué.
Je ne suis pas encore dans le truc. Philippe Bergeroo
et Jean-Pierre Mottet sont les numéros 1
et 2. Moi, je joue avec les juniors. Dans ma tête
je suis encore un amateur, un peu naïf. Le
club décide donc de me prêter pour
que je m’aguerrisse. Je pars à Abbeville
(D2), à 150 bornes de Lille… Humainement,
tout se passe bien. L’accueil est sympa et
je deviens même l’attraction du coin.
Mais sportivement, je n’étais toujours
pas au niveau. Quand je l’ai constaté,
je n’ai même pas essayé de m’accrocher
et je n’ai quasiment pas joué de la
saison. C’était aussi l’époque
de mon premier appartement, ma copine m’avait
rejoint mais j’avais été incapable
d’assumer tout ça. Cette expérience
fut donc un échec, aussi bien au niveau sportif
que social… »
Besançon : « Déjà ma dernière chance »
« Après mon échec à Abbeville,
je suis prêté à Besançon
(D2). C’est déjà un peu ma dernière
chance. Heureusement, je trouve là-bas quelqu’un
qui me comprend : Paul Orsatti. J’apprécie
son management, sa façon de voir les choses.
Le groupe est sympa. Il existe un très bon
mixe entre jeunes et anciens. Je deviens proche
de Joël Germain ou Sylvain Matriciano. On est
une poignée à habiter dans une grande
maison. Il y a quelques Corses avec lesquels il
y a un super feeling. J’aime leur côté
insulaire, ils sont conviviaux. On passe de très
bons moments. D’autant que sur le terrain,
je prends enfin confiance en moi. Je bosse dur et
je deviens numéro 1. Sans vraiment flamber
je fais quelques très bons matches et on
termine en milieu de tableau. J’apprécie
aussi la ville même s’il fait très
froid là-bas. Avec mon salaire de l’époque,
9 000 francs, je me paye une R5 Alpine. J’ai
20 ans, je suis encore un peu insouciant et je m’éclate
enfin…»
Lille : « Enfin titulaire en D1 ! »
«
Ma bonne saison à Besançon me permet
de réaliser mon premier objectif : signer
un contrat pro. Lille me confie le poste de numéro
2 derrière Jean-Pierre Mottet. Je suis content
mais je ne m’enflamme pas. Je sais qu’il
s’agit seulement d’une étape.
Malheureusement, ma première saison est tronquée
à cause de deux ou trois blessures. Je n’aime
pas trop les méthodes de Georges Heylens,
l’entraîneur belge. La deuxième
saison, je commence à bien progresser. Je
réclame une place de numéro 1. Ce
que Bastia et Toulon me proposent. Mais Lille refuse
de me céder. Peu
après, lors d’un rencontre amical contre
l’Algérie, je fais un super match.
Cela me donne l’occasion de mettre la pression
sur mes dirigeants. Et là, les donnés
sont claires. Soit je deviens numéro 1, soit
je pars. Même si Jean-Pierre Mottet est installé
au LOSC depuis longtemps, c’est lui qui s’en
va : à Toulon. J’ai donc obtenu ce
que je voulais. Me voilà enfin titulaire
en D1 ! Au début, je fais le boulot sans
être vraiment génial. J’étais
encore un peu naïf et pas toujours concentré
pendant 90 minutes. Mais au fil des saisons je progresse
et je prends du grade. Je deviens finalement le
capitaine et l’élément moteur
de cette équipe qui compte des joueurs comme
Jocelyn Angloma, Roger Boli ou Abedi Pelé.
Je suis un peu leur grand frère…Le
problème c’est qu’on ne décolle
pas. On finit toujours entre la 7e et la 10e place.
Le club n’est pas toujours très heureux
dans son recrutement, il y a des problèmes
avec la Mairie et le tout manque vraiment de professionnalisme.
A cette époque, on était encore des
amateurs éclairés. En 1988, lorsque
Bernard Gardon arrive à la présidence
du club, il a voulu former son propre groupe et
écarter le noyau dur. J’arrive en fin
de contrat. Nous sommes en décembre et j’ai
la jambe dans le plâtre lorsqu’il m’annonce
que je ne suis pas conservé. Je le vis très
mal car je n’apprécie pas la manière
dont ils se séparent de moi. J’ai un
goût amer dans la bouche mais je sais aussi
qu’il fallait que je parte pour progresser
et approcher mon rêve ultime : disputer la
Coupe du Monde… »
Metz : « Pas dans
mes annales »

« Lorsque l’aventure se termine avec
Lille, je n’ai pas beaucoup de propositions.
Le Havre est intéressé mais c’est
finalement à Metz que j’atterrie. Je
tombe encore sur un entraîneur belge. Ses
méthodes ne me conviennent pas. Heureusement,
je rencontre Jean Nicolaï, l’entraîneur
des gardiens. Un super mec avec lequel je progresse
et franchis quelques paliers. En décembre,
Joël Müller devient l’entraîneur.
On réalise une super deuxième partie
de saison et on termine avec la quatrième
meilleure défense. Je fais de bons matches,
deviens même le chouchou de Saint-Symphorien.
Mais cette expérience ne restera pas dans
mes annales. Socialement, j’ai eu du mal à
m’intégrer. Mon fils, Levy, était
malade et je ne garde pas d’excellents souvenirs
de cette période. »
 
Brest : « La belote avec Ginola »
« J’étais pourtant prêt à rester à Metz
mais financièrement, nous n'avons pas trouvé d’accord. Je
cherche à rebondir et j’ai quelques touches en Ecosse et au Portugal.
Je n’ai pas vraiment le choix et la proposition de Brest arrive finalement
au bon moment, juste avant la fin des vacances. Je débarque en Bretagne
avec un certain plaisir. Le groupe est sympa et je m’entends bien avec le
président, François Yvinec. Le club vient d’éviter
le dépôt de bilan et même si le groupe s’est formé
sur le tard on est tous revanchards et motivés. L’ambiance est familiale
et je me lie d’amitié avec des gars comme David Ginola ou Corentin
Martins. Emotionnellement, la saison est très intense. On fait
un super début (4e) avant de s’écrouler puis de remonter.
Je me souviens aussi de deux stages, l’un à Belgrade et l’autre
dans les Alpes. On fait de la course d’orientation, de la descente en rappel
et tout cela soude le groupe. Je fais chambre commune avec David et je me souviens
de l’hôtel lors de nos mises au vert où l’on a vue sur
la mer. On mange du poisson, du far breton, on joue à la belote. Avec David
on forme un bon binôme. Il garde même mon fils de temps en temps.
Sur le terrain, il est déjà très impressionnant et je suis
persuadé qu’il aurait pu devenir un attaquant de pointe d’exception
s’il avait joué en numéro 9. Moi, je deviens de plus en plus
performant, je maîtrise davantage mon sujet. Je remporte le classement des
étoiles de France Football et celui du Stop Goal de TF1. J’aime bien
aussi la ville et l’ambiance qui règne là-bas. Bref, je me
sens prêt à rester mais le club est rétrogradé administrativement.
Je suis profondément déçu car je laisse un groupe démoralisé
plonger en D2. C’est dur à vivre… »
Lens : « Réconcilié avec le Nord »
«
L’aventure à Brest se termine dans
la confusion avec la rétrogradation en D2.
Je suis vraiment attristé de laisser mes
amis en difficultés. Je me console en signant
un pré-contrat avec le PSG. C’est Charles
Bietry qui a pris contact avec Pape Diouf, mon nouveau
manager. J’accepte le défi car je sens
qu’avec l’arrivée de Canal+,
il va se passer un ''truc'' à Paris. En attendant
de rejoindre la Capitale et pour laisser Joël
Bats finir tranquillement sa carrière, je
rejoins Lens le temps d’une saison. Cette
escapade va me permettre de me réconcilier
avec le Nord. J’arrive dans un contexte que
je connais, j’ai des amis dans la région
et je me sens tout de suite dans mon élément.
En plus je suis libéré car j’ai
signé mon contrat avec le PSG. Résultat,
je suis en pleine bourre et je réalise une
super saison. Je suis aussi devenu le grand frère
d’une belle colonie africaine avec Jimmy Adjovi-Boco,
Jules BAocandé, Roger Boli, Hervé
Arsène, Mustafa El-Hadaoui. Il y a aussi
Robbie Slatter, Ludovic Delmotte, Pierre Laigle,
Francis Gillot, Frédéric Déhu…L’ambiance
est vraiment sympa. Tous les mardi on déjeune
dans un restaurant chinois et il y a une sacré
osmose entre nous. Mes bonnes performances attisent
les convoitises. Au mois de mai, le jour de la catastrophe
de Furiani me semble-t-il, Jean-Pierre Bernes et
Pape Diouf viennent me voir. Ils me proposent de
signer à Marseille ! L’OM est prêt
à me donner ce que je veux. Mais je ne veux
pas travailler avec Bernard Tapie. Et puis, je n’aime
pas trop le leur discours. Je refuse sans la moindre
hésitation. J’aurais eu une trajectoire
sportive forcément différente mais
je n’ai aucun regret. Je voulais débuter
une nouvelle aventure et celle que me proposait
le PSG me convenait parfaitement…»
PSG : « Paris est à moi !»
«
Mon arrivée à Paris se fait naturellement.
J’ai signé un pré-contrat un
an plus tôt et je suis donc préparé
à ce qui va m’arriver. J’ai déjà
trouvé une maison, je reste sur une super
saison avec Lens et je suis hyper motivé
à l’idée de débuter une
nouvelle aventure. Mentalement je suis également
prêt à résister aux tentations
et j’ai hâte de me frotter au très
haut niveau. En plus, il n’y a eu aucune ambiguïté
avec Joël Bats qui devient entraîneur
des gardiens et avec qui le passage de témoin
se passe super bien. Je retrouve aussi des joueurs
que je connais : David Ginola, Amara Simba, les
Brésiliens (Valdo, Ricardo) mais aussi George
Weah que j’avais croisé en Guyane lors
d’un match amical entre la sélection
de Guyane et Monaco. Je l’avais invité
à la maison et je lui disais : « ce
serait vraiment bien si on pouvait jouer ensemble
cette année ». Quelques jours plus
tard, il débarquait au Camp des Loges. Je
me souviens également de mon premier match
au Parc des Princes, lors du tournoi de Paris. Lors
de l’échauffement côté
Boulogne, je me fait siffler car moi le black, je
remplace Joël Bats, l’idole du Parc.
Ce n’est pas évident mais dans ma tête
je me dis : « ils finiront par te respecter…
» C’est ce qui s’est produit.
Dès
la première saison, on remporte la Coupe
de France (contre Strasbourg). Je suis le premier
Guyanais à la gagner. Je ressens comme une
forme de consécration. Au fil des matches
et de nos exploits européens, je m’épanouis.
J’atteins le très haut niveau aussi
bien physique, technique que mental. Je deviens
assez vite un des leaders du groupe. Je suis un
des plus vieux et je suis un peu le relais d’Artur
Jorge et Joël Bats.
La deuxième saison, on devient une très
grande équipe : pas spectaculaire mais efficace.
On devient Champion de France ! C’est magnifique.
Mais cette saison restera marquée par deux
souffrances : l’élimination des Bleus
de la Coupe du Monde 94 et la séparation
avec mon épouse. Pour évacuer tout
ça, je me donne à fond dans le foot.
Ça devient un exutoire. Je suis un mort de
faim, je refuse l’échec et réalise
une saison du tonnerre devenant même le meilleur
joueur du championnat.
L’année
suivante, Artur Jorge qui n’est pas jugé
assez « sexy » par Canal + est débarqué.
C’est Luis Fernandez qui prend les commandes.
Son mode de management est complètement différent.
Il faut s’adapter à un nouveau style
de jeu, à une nouvelle personnalité
tout en restant nous-mêmes. En championnat,
on perd notre régularité et on devient
une équipe de coups, à l’image
du coach. Pratiquement aucun joueur ne s’entend
avec Luis. Les relations sont très difficiles
alors on s’auto-gère. En Ligue des
Champions, on réalise cependant un joli parcours
(12 points sur 12 lors des poules) mais on échoue
en demi-finale contre le Milan AC. Ils sont plus
forts que nous, il n’y a rien à dire…
En 1995/96, on perd le championnat après
avoir eu 12 points d’avance. Heureusement,
on se console en gagnant la Coupe des Coupes avec
des nouveaux comme Youri Djorkaeff ou Julio Cesar
Dely-Valdes. C’est aussi la fin de l’aventure
pour Luis. Avant la finale, Yannick Noah vient pour
apaiser les tensions entre les joueurs et le coach.
Il fait le tampon et tout se termine bien puisque
je soulève la Coupe avec le brassard de capitaine
sur le bras. Dans la foulée, je dispute l’Euro
96 et je suis élu meilleur gardien de la
compétition. A ce moment, j’ai envie
de partir mais l’arrêt Bosman n’existe
pas encore. Malgré quelques touches avec
le Barça, les gardiens ne sont pas vraiment
à la mode. Je reste donc au PSG.
En retrouvant le Camp des Loges pour entamer la
saison 1996/97, je sens que ma motivation s’est
effrité. Heureusement, l’arrivée
du duo Ricardo-Bats nous convient bien. On retrouve
un management familier. Dans
ma vie privée, je ne suis pas au top à
cause de mon divorce. Je transmets donc mon brassard
de capitaine à Raï et me fixe un objectif
: ne pas prendre de but. Je réalise un début
de saison canon. Je suis invaincu jusqu’à
ce penalty que j’arrête à Cannes
où je me blesse au genou. Je me soigne mais
je gère mal mon retour. Je reviens trop tôt
pour aider le club. C’est une erreur. On parvient
tout de même à aller en finale de la
Coupe des Coupes. On perd contre le Barça
car on les respecte trop. Un peu plus tôt,
en février 97, je suis contrôlé
positif au cannabis. J’assume le truc et purge
ma suspension en juin-juillet, lors du tournoi de
France. A ce moment, j’entre en conflit avec
le club car il ne me reste plus qu’un an de
contrat. Ils recrutent Revault et ne sont pas corrects
avec moi. Tout est ambigu à cette époque.
Claude Le Roy arrive et je suis saturé de
tout ça. Je reste six mois en gestation avant
de partir à West Ham. Mais la fin de l’aventure
ne me convient pas et je n’ai pas la sensation
que mon histoire soit vraiment terminée avec
Paris… »
..................................
West Ham : « La Coupe du Monde en tête »
«
A cette époque, il n’est pas facile
pour moi de trouver un club intéressant.
Il y a certes le Real Madrid et les Glasgow Rangers
qui se renseignent mais sans conviction. Il faut
dire que ma suspension pour usage de cannabis et
ma blessure me desservent. Les gens doutent de moi
et je dois dire que de mon côté, je
ne suis pas très rassuré. Finalement,
la proposition de West Ham se présenteA et
ça me convient. Le club n’est pas hyper
pro mais je dois m’adapter car je suis dans
l’urgence. J’ai la Coupe du Monde en
ligne de mire. Je n’ai pas de temps à
perdre. Malheureusement, je passe deux mois sur
le banc de touche sans comprendre pourquoi. Personne
ne m’explique ce qui se passe. J’ai
l’impression que les dirigeants m’ont
recruté sans me connaitre. J’ai aussi
l’impression que je déplais aussi à
certaine personne : l’entraîneur des
gardiens par exemple qui fait tout pour favoriser
son protégé, Craig Forrest. Finalement,
le coach me donne enfin ma chance. Je joue trois
fois de suite contre Arsenal et on ne perd pas.
J’ai eu besoin de 45 minutes pour me mettre
dans le bain. Après, je me fais plaisir.
J’aime bien l’atmosphère des
matches anglais. Ça sent bon le foot. Mais
pour la première fois de ma carrière
je ne pense pas trop au collectif. Je pense d’abord
à moi et à la Coupe du Monde. Cela
m’obsède car je sens qu’elle
peut m’échapper. Au final, je réalise
une dizaine de bons matches et trois mauvais. Je
suis néanmoins content de l’expérience.
Je me sens bien à Londres. J’habite
dans l’hôtel où les Gunners sont
au vert, j’ai des amis Mauriciens, je me balade
tranquillement dans la ville. En quelques mois,
je suis bien intégré et prêt
à rester. Mais West Ham ne compte pas trop
sur moi. Ils recrutent Hislop. J’ai des contacts
avec Tottenham via Christian Gross mais ça
achoppe. L’expérience anglaise tourne
court et je retourne finalement au…PSG.»
PSG : « Retour au bercail parisien »
« Après la parenthèse londonienne
que j'aurais aimé poursuivre, je n'ai que
deux véritables propositions : Galatasaray
et le PSG. Les Turcs m'offrent énormément
d'argent, le challenge est excitant mais je ne suis
pas seul. Pour conserver un équilibre familial,
je décide finalement de retourner à
Paris, sous la présidence de Charles Bietry.
Mais tout commence très mal. Marco Simone,
qui est un homme de Denisot, fait la guerre avec
Bietry. Le changement de présidence engendre
beaucoup de problèmes. Une transition doit
s'opérer mais cela ne prend pas. Alain Giresse
est limogé et Artur Jorge revient au bercail.
Ça ne change rien. La dynamique est cassé
et le groupe miné de l'intérieur.
Comme je suis le plus capé, j'essaye de gérer
les problèmes et d'être un trait d'union
entre joueurs et dirigeants. Je vais donc voir les
dirigeants pour réclamer le départ
d'Artur et remettre en place certains joueurs comme
Marco Simone. J'arrive à les convaincre et
Philippe Bergeroo prend le relais. On se maintient
de justesse et on peut préparer un truc sympa
la saison suivante. En 1999-2000, je retrouve mon
intégrité physique. On me met en concurrence
avec Dominique Casagrande mais je sais que le match
n'aura jamais lieu. Je retrouve mon vrai niveau.
Le
groupe est très sympa et le malheur de Bruno
Carotti, qui perd son bébé, solidarise
tout le monde. On termine deuxièmes et on
perd en finale de la Coupe de la Ligue. Je réalise
une belle saison sur le plan personnelle qui me
permet de sortir sous une standing-ovation du public
du Parc. Ce soir-là, je sais que l'aventure
parisienne est définitivement terminée...
»
Rennes : « Un petit tour et puis s'en va ! »
«
La troisième fois est la bonne ! Dans le
passé, j’ai déjà été
contacté deux fois par le Stade Rennais.
Cette année, je finis par signer car le challenge
est intéressant, Paul Le Guen est l’entraîneur
et lorsque je rencontre François Pinault,
deux jours après la finale de l’Euro
2000, il me présente un projet ambitieux
pour son club. Je signe donc un bon contrat d’une
saison. Malheureusement, les millions dépensés
le sont bêtement. La cellule de recrutement
est trop large et chacun fait ce qu’il veut.
On se retrouve avec des joueurs intéressants
comme Lucas ou Luis Fabiano mais ils sont trop jeunes
et n’ont aucune expérience du jeu européen.
J’ai vu tout de suite que ces gars-là
allaient avoir du mal à s’intégrer.
Cela nous pourri la saison. C’est dommage
car on possède un groupe talentueux avec
des joueurs comme Escudé, Réveillère,
Bigné…Paulo (Le Guen) ne peut pas faire
de miracle. On pioche pendant 6 mois avant de trouver
le déclic face au PSG, au Parc des Princes.
C’est le match de la dernière chance
pour Paulo. En cas de défaite, il se fait
limoger. Je réunis les joueurs la veille
du match pour leur dire que c’est maintenant
qu’ils doivent réagir. «
Pour nous mais aussi pour Paulo, il faut gagner
! » C’est ce qu’on fait (1-0)
et ce succès solidarise encore un peu plus
le groupe. On repart en flèche pour terminer
au pied d‘une qualification européenne.
Moi, après un début difficile, je
me sens mieux sur la fin. La région me plait
bien, j’habite une belle maison et j’apprécie
le côté paisible et conviviale de ce
club. Malheureusement, il existe une lutte de pouvoir
entre certains dirigeants. Je perds beaucoup d’énergie
à essayer de régler les problèmes
entre les uns et les autres. Finalement, je romps
le contact avec mes dirigeants qui ne renouvellent
pas mon contrat. Quelques semaines avant la fin
de la saison, Manchester United veut m’engager
pour les dix derniers matches. C’est l’époque
où Barthez est en froid avec Ferguson. Je
suis tenté mais je refuse car ils ne peuvent
pas me promettre de jouer 50% des matches. Ma femme
est sur le point d’accoucher et je ne veux
pas casser notre équilibre. Je termine donc
la saison à Rennes en me disant que c’était
une bonne expérience mais que ce n’est
pas facile de descendre d’un palier. A l’inter-saison,
j’ai quelques touches à l’étranger
mais rien de passionnant. Je me fixe alors une dead-line
: le 31 août. Je m’entraîne avec
le club de Créteil, je fais de la musculation
mais en vain. N’obtenant pas un dernier challenge
excitant, je tire le rideau et embraye sur une nouvelle
vie. Ma petite fille, Jade, naît le 10 septembre.
Ma carrière se termine donc en douceur et
je deviens un papa normal. D’un côté
je ressens ce qu’on appelle la « petite
mort » mais de l’autre je renais grâce
à la naissance de ma fille... »
Equipe de France: « Quand
mes rêves s'envolent ! »
«
Il m’a fallu du temps avant de conquérir
ma première sélection en équipe
de France. J’ai rêvé pendant
10 ans de porter le maillot bleu. J’ai d’abord
été appelé en tant que numéro
2 derrière Bruno Martini mais ça ne
me suffisait pas. Gérard Houllier hésitait
à me lancer dans le grand bain. Je crois
qu’il a fallu que je dispute un match avec
l’équipe de France A’ au Sénégal
pour le convaincre. Là-bas, je réalise
un gros match et tout le stade a été
impréssionné devant ma performance.
Le staff a peut-être alors perçu la
dimension qui était la mienne. Le mois suivant,
c’est Arthur Jorge qui vient m’apprendre
dans les vestiaires du Camp des Loges que je serai
titulaire contre Israël (le 17 février
1993, en éliminatoires du Mondial 94). J’ignore
comment il le savait d’ailleurs. On gagne
4-0. Là, je suis dans mon trip, j’avais
la fougue du débutant mais j’avais
confiance en moi. J’apprends plus tard qu’à
l’heure de ma première sélection,
les rues de Cayenne étaient vides. Tout le
monde était devant sa télé.
Au début, l’ambiance n’est pourtant
pas géniale dans le groupe. La rivalité
entre Parisiens et Marseillais est féroce.
On gagne néanmoins nos matches de qualification
jusqu’à cette victoire en Finlande
(1-0). A ce moment, tout le monde pense déjà
qu’on est aux Etats-Unis. Dans le bus, certains
Marseillais se font des films et discutent déjà
de la future liste des 22 pour la World Cup. Tout
le monde s’y croyait. Sauf qu’il fallait
glaner un dernier point, contre Israël ou la
Bulgarie, au Parc des Princes. On perd les deux
! Kostadinov inscrit le but assassin à la
dernière minute. C’est terrible. Mon
rêve s’est envolé en une fraction
de secondes. Je l’avais entre mes mains mais
il m’a échappé. Je parviens
cependant à faire mon deuil de ce désastre
en donnant tout à mon club.

On se lance ensuite dans les qualifes de l’Euro
96. Le Mondial 98 est en ligne de mire. Je suis
un des plus âgés et je commence à
prendre du poids dans le groupe. J’accueil
tous les petits nouveaux : Tutu, Zizou, Liza, Fabien…On
se qualifie à l’arrache et je dispute
mon premier vrai test au niveau international. On
est costaud mais encore un peu timide. On n’encaisse
que 2 buts en 5 matches et en quart de finale on
élimine les Pays-Bas aux tirs aux buts. Contre
les Tchèques on manque d’audace et
de fraîcheur. L’élimination est
logique. Avant la Coupe du Monde 98, deux ans de
matches amicaux se profilent. Deux ans délicats
pour moi. Je perds d’abord ma place à
cause de ma blessure au genou avant de purger une
suspension pour usage de cannabis. Je rate le Tournoi
de France mais j’ai encore un an pour retrouver
ma place. Cela me suffisait pour retrouver mon niveau.
Mais je ne trouve pas de club en quittant le PSG
donc je ne peux rien dire. Je ne rejoue que le 22
avril 98 contre la Suède (0-0). Je débute
cependant le stage au Maroc avec l’espoir
d’être numéro 1. Mais j’ai
un mauvais pressentiment. Aimé Jacquet m’annonce
dans ma chambre d’hôtel que Fabien sera
le numéro 1. J’ai les boules. Je suis
isolé et je ne me sens vraiment pas bien.
Personne n’est là pour comprendre mon
désarroi ou me réconforter. Bergeroo
était proche de Fabien. Des joueurs ont également
eu une influence sur ce choix. La compétition
débute alors que je n’ai toujours pas
digéré le truc. Je reste un peu dans
mon coin, j’ai du mal à m’extérioriser.
Aimé me propose de jouer le 3e match, sans
enjeu, contre le Danemark. Mais
je ne voulais pas me mettre en danger ni mettre
en danger le groupe. Il était plus sage de
refuser. Je n’étais pas bien et Aimé
l’a compris. Le fait d’admettre mon
rôle de numéro 2 me libère un
peu. Je joue mon rôle de rassembleur contre
le Paraguay et je pousse Titi Henry à tirer
son penalty contre l’Italie. Je sais que des
millions de gens veulent être à ma
place. Je me prends au jeu et je suis heureux au
moment de soulever la Coupe du Monde. Je me console
en me disant que j’ai été au
début de cette aventure et que j’ai
moi aussi participé à la victoire
finale. Après ce 12 juillet 1998, la folie
médiatique s’empare de l’équipe
de France…
Lors des éliminatoires de l’Euro 2000,
je joue un peu les bouche-trous lorsque Fabien est
absent. Je refuse de venir pour être sur le
banc. Je joue en Russie, contre Andorre et l’Islande.
Au PSG, en 1999-2000, je retrouve mon vrai niveau
et je pense pouvoir bousculer la hiérarchie
en Bleus car Fabien traverse une période
délicate avec Monaco. Mais rien n’y
fait. Je reste numéro 2. La différence
c’est que je suis plus libéré
qu’en 98. Je joue le 3e match contre les Pays-Bas
et on réalise un Euro fantastique. La France
devient vraiment une équipe de winner. Après
ce succès, on me pousse à quitter
l’équipe de France, lors d’un
match amical contre l’Angleterre, le 2 septembre
2000. Didier et Laurent prennent leur retraite internationale.
Moi, je n’avais rien dit mais on ne me laisse
pas le choix. Ce n’était pas méchant,
juste un peu maladroit. J’ai pris le bouquet
de fleurs, un petit trophée et hop, c’était
terminé !
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