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ans vraiment le savoir, la vague du succès sur laquelle Bernard Lama allait surfer, s’est formée il y a près de 40 ans, chez lui, en Guyane. C’est sur la plage de l’Anse Nado et dans les rouleaux formés par l’Océan Atlantique que tout a débuté. C’est aussi dans cette enclave naturelle qu’il a développé des qualités techniques inédites qui feront de lui le meilleur gardien de but des années 90. Les pieds dans le sable, il s’est forgé une détente vertigineuse en s’appliquant à capter à mains nues les frappes de ses camarades de jeu. Le style Lama était né. Avec son club de l’USL Montjoly, il est ensuite devenu l’attraction du coin avant que sa réputation de gardien félin se répande dans toute la Guyane. Malgré les réticences de son père, le docteur Lama, également Maire de la commune de Montjoly, Bernard n’a qu’un rêve : devenir fooAtballeur professionnel et disputer la Coupe du Monde. Repéré par un dirigeant du LOSC lors d’un match avec la sélection cadette de Guyane, il attendra de fêter ses 18 ans pour faire le grand saut et rejoindre, sans l’aval du paternel, la métropole lilloise…


La transition est brutale et malgré le froid et la mélancolie qui le désarçonne, il s’accroche. Cela ne suffit pas pour jouer avec Lille. Il est alors prêté à Abbeville (D2) puis à Besançon (D2) où il commence à s’affirmer. De retour dans le Nord, il décroche son premier contrat pro et devient titulaire avec les Dogues. Il y reste cinq saisons avant que le club ne décide de liquider la majorité de son effectif. Son crochet par la Lorraine, à Metz, en 1989, ne lui laissera pas un souvenir impérissable. Le voilà même confronté au chômage l’espace de quelques semaines. Mais en mettant le cap à l’ouest, à Brest, il va se relancer aux côtés des Ginola, Martins, Guivarc’h…L’ascension vers les sommets est lancée. Et ce n’est pas le dépôt de bilan du club breton qui va la freiner. A Lens, dans le rôle du chef de bande d’une petite colonie africaine (Jimmy Adjovi-Boco, Hervé Arsène, Roger Boli…), il progresse encore et se voit proposer en 1992 un challenge à sa hauteur : succéder à Joël Bats dans les cages du PSG. Il accepte malgré le forcing de Bernard Tapie et de l’OM… La ville lumière est idéale pour mettre en valeur son style spectaculaire. Ses tenues bariolées, ses grandes envolées tout en souplesse et ses incroyables prises de balle lui apportent enfin la reconnaissance. On le surnomme « le chat » ou « le jaguar ». C’est l’heure des premiers trophées (Coupe de France en 93, champion de France en 94) et des premières sélections en Equipe de France. Après plusieurs brillantes mais infructueuses campagnes européennes, Bernard Lama soulève la Coupe des Coupes avec le brassard de capitaine au biceps. La même année, il emmène les Bleus jusqu’en demi-finale de l’Euro en Angleterre. Il est au sommet de son art…


La suite sera plus délicate. Une grave blessure au genou en septembre 96 puis une suspension pour usage de cannabis en janvier 97 incitent le PSG a recruter Christophe Revault. Faute de trouver un club à sa hauteur, Bernard Lama s’entraîne à l’écart du groupe pro et doit finalement se contenter de signer à West Ham. Chez les Hammers, il doit attendre plusieurs semaines avant de faire la loi dans les surfaces anglaises. Mais il est déjà trop tard. La Coupe du Monde approche et Aimé Jacquet va accorder sa confiance au portier de Monaco, Fabien Barthez. La désillusion est terrible pour le Guyanais qui refusera de disputer le troisième match de poule, contre le Danemark. Les Bleus sont champions du Monde mais ce sacre lui laisse un goût amer. Il se « consolera » en retrouvant le club de son cœur, le PSG. Vice champion de France en 2000, il ajoutera un nouveau titre à son palmarès en remportant, toujours dans le rôle de doublure, l’Euro 2000. Malgré ses 37 printemps, il est toujours ambitieux et rejoint le Stade Rennais entraîné par son ami Paul Le Guen. Il s’agira de sa dernière saison. Malgré des contacts avec des clubs anglais (Sunderland, Birmingham City), il rangera les gants dans le courant de l’année 2002. Depuis, il partage son temps entre Paris, la Guyane et le Sénégal où il a ouvert, avec Jimmy Adjovi-Boco et Patrick Vieira, un centre de formation inédit basé sur l’éducation. Avec Diambars, il peut aider à sa maAnière ce continent qu’il aime tant. C’est d’ailleurs cette passion pour l’Afrique qui l’a poussée à devenir sélectionneur du Kenya en août 2006. Une expérience riche en émotions mais qui n’aura duré que cinq semaines. La faute à une fédération insoumise qui n’a jamais tenu ses engagements à son égard. Cette aventure lui a néanmoins confirmé qu’il aimait ce rôle d’entraîneur et qu’il voulait replonger au plus vite. Histoire de continuer à surfer sur la vague du succès…

USL Montjoly : « Je voulais être Pelé »


« Plus qu’un club, l’USL Montjoly représente toute ma vie. Entre 10 et 18 ans, j’y passais presque toutes mes journées. Avant de prendre ma première licence au club, je faisais du sport en permanence. Avec mon grand frère et les copains, on jouait au foot sur la plage, on grimpait dans les arbres, on se baignait dans l’océan…J’étais insouciant. Et puis en 1970, j'ai regardé ma première Coupe du Monde. C'est là que ça a fait tilt ! J’ai fantasmé sur le Brésil. Je voulais être Pelé et marquer des buts. J’ai donc pris ma première licence à l’USL. Je disais que je voulais devenir footballeur mais les gens n’y croyaient pas. Il faut dire que j’étais petit et gros à cette époque. J’étais boulimique. Je me faisais chambrer mais je ne me suis jamais découragé. Je continuais à jouer au foot avec mes copains -Yves, Gérard, Yves-Bernard- ou les jeunes de l’orphelinat qui habitaient à côté de chez moi. J’ai bossé tous les jours et vers 14 ans je me suis transformé. C’est là que c’est devenu sérieux. Je jouais gardien mais aussi milieu ou attaquant. Je n’avais pas encore de préférence. A l’époque je n’étais pas un crack mais on me connaissait car j’avais de la personnalité et j’étais le fils du président du club, du Maire et du Docteur…Et puis, le club est monté en DH. C’est à ce moment que j’ai choisi de jouer dans les buts. On gagne le titre et je dispute la Coupe Nationale Cadet. Des clubs comme Lille, Cannes et Lens me sollicitent mais mon père a refuséA que je parte. Il voulait que je passe mon BAC d’abord. J’ai pris mon mal en patience. La saison suivante (1980-81), on explose tout ! L’équipe est valeureuse, très soudée et je prends mon pied. Je deviens un peu l’attraction. Dans ma tête je suis prêt à faire le grand saut. Je recontacte Lille par l’intermédiaire de Charly Samoy qui m’avait rendu visite l’année précédente. Cette fois, je ne demande pas l’avis du paternel. Je pars sans son accord. C’est douloureux mais il fallait que je le fasse. J’étais programmé, il n’y avait rien d’autre que le foot qui comptait. Et je ne voulais pas que mon rêve s’échappe… »

Lille-Abbeville : « Un échec sportif et social »


« Je pose les pieds en métropole à l’été 1981 sans vraiment savoir ce qui m’attend. Même si tout est différent, je conserve un fil conducteur : le foot. C’est cela qui me permet de tenir le coup. Au centre de formation de Lille, je me sens un peu seul, isolé. Le week-end, tous les pensionnaires rentrent à la maison. Moi, je me réfugie dans la musique et dans le reggae. Avec ma première paye, je m’offre une chaine Hi-fi. Mon frère m'envoie des casettes et je peux ainsi replonger dans les rythmes qui me sont familiers. Au niveau foot, je me rends compte que je suis loin des standards habituels. Physiquement, je suis largué. Je ne suis pas encore dans le truc. Philippe Bergeroo et Jean-Pierre Mottet sont les numéros 1 et 2. Moi, je joue avec les juniors. Dans ma tête je suis encore un amateur, un peu naïf. Le club décide donc de me prêter pour que je m’aguerrisse. Je pars à Abbeville (D2), à 150 bornes de Lille… Humainement, tout se passe bien. L’accueil est sympa et je deviens même l’attraction du coin. Mais sportivement, je n’étais toujours pas au niveau. Quand je l’ai constaté, je n’ai même pas essayé de m’accrocher et je n’ai quasiment pas joué de la saison. C’était aussi l’époque de mon premier appartement, ma copine m’avait rejoint mais j’avais été incapable d’assumer tout ça. Cette expérience fut donc un échec, aussi bien au niveau sportif que social… »

Besançon : « Déjà ma dernière chance »


« Après mon échec à Abbeville, je suis prêté à Besançon (D2). C’est déjà un peu ma dernière chance. Heureusement, je trouve là-bas quelqu’un qui me comprend : Paul Orsatti. J’apprécie son management, sa façon de voir les choses. Le groupe est sympa. Il existe un très bon mixe entre jeunes et anciens. Je deviens proche de Joël Germain ou Sylvain Matriciano. On est une poignée à habiter dans une grande maison. Il y a quelques Corses avec lesquels il y a un super feeling. J’aime leur côté insulaire, ils sont conviviaux. On passe de très bons moments. D’autant que sur le terrain, je prends enfin confiance en moi. Je bosse dur et je deviens numéro 1. Sans vraiment flamber je fais quelques très bons matches et on termine en milieu de tableau. J’apprécie aussi la ville même s’il fait très froid là-bas. Avec mon salaire de l’époque, 9 000 francs, je me paye une R5 Alpine. J’ai 20 ans, je suis encore un peu insouciant et je m’éclate enfin…»

Lille : « Enfin titulaire en D1 ! »


« Ma bonne saison à Besançon me permet de réaliser mon premier objectif : signer un contrat pro. Lille me confie le poste de numéro 2 derrière Jean-Pierre Mottet. Je suis content mais je ne m’enflamme pas. Je sais qu’il s’agit seulement d’une étape. Malheureusement, ma première saison est tronquée à cause de deux ou trois blessures. Je n’aime pas trop les méthodes de Georges Heylens, l’entraîneur belge. La deuxième saison, je commence à bien progresser. Je réclame une place de numéro 1. Ce que Bastia et Toulon me proposent. Mais Lille refuse de me céder. Peu après, lors d’un rencontre amical contre l’Algérie, je fais un super match. Cela me donne l’occasion de mettre la pression sur mes dirigeants. Et là, les donnés sont claires. Soit je deviens numéro 1, soit je pars. Même si Jean-Pierre Mottet est installé au LOSC depuis longtemps, c’est lui qui s’en va : à Toulon. J’ai donc obtenu ce que je voulais. Me voilà enfin titulaire en D1 ! Au début, je fais le boulot sans être vraiment génial. J’étais encore un peu naïf et pas toujours concentré pendant 90 minutes. Mais au fil des saisons je progresse et je prends du grade. Je deviens finalement le capitaine et l’élément moteur de cette équipe qui compte des joueurs comme Jocelyn Angloma, Roger Boli ou Abedi Pelé. Je suis un peu leur grand frère…Le problème c’est qu’on ne décolle pas. On finit toujours entre la 7e et la 10e place. Le club n’est pas toujours très heureux dans son recrutement, il y a des problèmes avec la Mairie et le tout manque vraiment de professionnalisme. A cette époque, on était encore des amateurs éclairés. En 1988, lorsque Bernard Gardon arrive à la présidence du club, il a voulu former son propre groupe et écarter le noyau dur. J’arrive en fin de contrat. Nous sommes en décembre et j’ai la jambe dans le plâtre lorsqu’il m’annonce que je ne suis pas conservé. Je le vis très mal car je n’apprécie pas la manière dont ils se séparent de moi. J’ai un goût amer dans la bouche mais je sais aussi qu’il fallait que je parte pour progresser et approcher mon rêve ultime : disputer la Coupe du Monde… »

Metz : « Pas dans mes annales »


« Lorsque l’aventure se termine avec Lille, je n’ai pas beaucoup de propositions. Le Havre est intéressé mais c’est finalement à Metz que j’atterrie. Je tombe encore sur un entraîneur belge. Ses méthodes ne me conviennent pas. Heureusement, je rencontre Jean Nicolaï, l’entraîneur des gardiens. Un super mec avec lequel je progresse et franchis quelques paliers. En décembre, Joël Müller devient l’entraîneur. On réalise une super deuxième partie de saison et on termine avec la quatrième meilleure défense. Je fais de bons matches, deviens même le chouchou de Saint-Symphorien. Mais cette expérience ne restera pas dans mes annales. Socialement, j’ai eu du mal à m’intégrer. Mon fils, Levy, était malade et je ne garde pas d’excellents souvenirs de cette période. »


Brest : « La belote avec Ginola »


« J’étais pourtant prêt à rester à Metz mais financièrement, nous n'avons pas trouvé d’accord. Je cherche à rebondir et j’ai quelques touches en Ecosse et au Portugal. Je n’ai pas vraiment le choix et la proposition de Brest arrive finalement au bon moment, juste avant la fin des vacances. Je débarque en Bretagne avec un certain plaisir. Le groupe est sympa et je m’entends bien avec le président, François Yvinec. Le club vient d’éviter le dépôt de bilan et même si le groupe s’est formé sur le tard on est tous revanchards et motivés. L’ambiance est familiale et je me lie d’amitié avec des gars comme David Ginola ou Corentin Martins. Emotionnellement, la saison est très intense. On fait un super début (4e) avant de s’écrouler puis de remonter. Je me souviens aussi de deux stages, l’un à Belgrade et l’autre dans les Alpes. On fait de la course d’orientation, de la descente en rappel et tout cela soude le groupe. Je fais chambre commune avec David et je me souviens de l’hôtel lors de nos mises au vert où l’on a vue sur la mer. On mange du poisson, du far breton, on joue à la belote. Avec David on forme un bon binôme. Il garde même mon fils de temps en temps. Sur le terrain, il est déjà très impressionnant et je suis persuadé qu’il aurait pu devenir un attaquant de pointe d’exception s’il avait joué en numéro 9. Moi, je deviens de plus en plus performant, je maîtrise davantage mon sujet. Je remporte le classement des étoiles de France Football et celui du Stop Goal de TF1. J’aime bien aussi la ville et l’ambiance qui règne là-bas. Bref, je me sens prêt à rester mais le club est rétrogradé administrativement. Je suis profondément déçu car je laisse un groupe démoralisé plonger en D2. C’est dur à vivre… »

Lens : « Réconcilié avec le Nord »


« L’aventure à Brest se termine dans la confusion avec la rétrogradation en D2. Je suis vraiment attristé de laisser mes amis en difficultés. Je me console en signant un pré-contrat avec le PSG. C’est Charles Bietry qui a pris contact avec Pape Diouf, mon nouveau manager. J’accepte le défi car je sens qu’avec l’arrivée de Canal+, il va se passer un ''truc'' à Paris. En attendant de rejoindre la Capitale et pour laisser Joël Bats finir tranquillement sa carrière, je rejoins Lens le temps d’une saison. Cette escapade va me permettre de me réconcilier avec le Nord. J’arrive dans un contexte que je connais, j’ai des amis dans la région et je me sens tout de suite dans mon élément. En plus je suis libéré car j’ai signé mon contrat avec le PSG. Résultat, je suis en pleine bourre et je réalise une super saison. Je suis aussi devenu le grand frère d’une belle colonie africaine avec Jimmy Adjovi-Boco, Jules BAocandé, Roger Boli, Hervé Arsène, Mustafa El-Hadaoui. Il y a aussi Robbie Slatter, Ludovic Delmotte, Pierre Laigle, Francis Gillot, Frédéric Déhu…L’ambiance est vraiment sympa. Tous les mardi on déjeune dans un restaurant chinois et il y a une sacré osmose entre nous. Mes bonnes performances attisent les convoitises. Au mois de mai, le jour de la catastrophe de Furiani me semble-t-il, Jean-Pierre Bernes et Pape Diouf viennent me voir. Ils me proposent de signer à Marseille ! L’OM est prêt à me donner ce que je veux. Mais je ne veux pas travailler avec Bernard Tapie. Et puis, je n’aime pas trop le leur discours. Je refuse sans la moindre hésitation. J’aurais eu une trajectoire sportive forcément différente mais je n’ai aucun regret. Je voulais débuter une nouvelle aventure et celle que me proposait le PSG me convenait parfaitement…»

PSG : « Paris est à moi !»


« Mon arrivée à Paris se fait naturellement. J’ai signé un pré-contrat un an plus tôt et je suis donc préparé à ce qui va m’arriver. J’ai déjà trouvé une maison, je reste sur une super saison avec Lens et je suis hyper motivé à l’idée de débuter une nouvelle aventure. Mentalement je suis également prêt à résister aux tentations et j’ai hâte de me frotter au très haut niveau. En plus, il n’y a eu aucune ambiguïté avec Joël Bats qui devient entraîneur des gardiens et avec qui le passage de témoin se passe super bien. Je retrouve aussi des joueurs que je connais : David Ginola, Amara Simba, les Brésiliens (Valdo, Ricardo) mais aussi George Weah que j’avais croisé en Guyane lors d’un match amical entre la sélection de Guyane et Monaco. Je l’avais invité à la maison et je lui disais : « ce serait vraiment bien si on pouvait jouer ensemble cette année ». Quelques jours plus tard, il débarquait au Camp des Loges. Je me souviens également de mon premier match au Parc des Princes, lors du tournoi de Paris. Lors de l’échauffement côté Boulogne, je me fait siffler car moi le black, je remplace Joël Bats, l’idole du Parc. Ce n’est pas évident mais dans ma tête je me dis : « ils finiront par te respecter… » C’est ce qui s’est produit. Dès la première saison, on remporte la Coupe de France (contre Strasbourg). Je suis le premier Guyanais à la gagner. Je ressens comme une forme de consécration. Au fil des matches et de nos exploits européens, je m’épanouis. J’atteins le très haut niveau aussi bien physique, technique que mental. Je deviens assez vite un des leaders du groupe. Je suis un des plus vieux et je suis un peu le relais d’Artur Jorge et Joël Bats.
La deuxième saison, on devient une très grande équipe : pas spectaculaire mais efficace. On devient Champion de France ! C’est magnifique. Mais cette saison restera marquée par deux souffrances : l’élimination des Bleus de la Coupe du Monde 94 et la séparation avec mon épouse. Pour évacuer tout ça, je me donne à fond dans le foot. Ça devient un exutoire. Je suis un mort de faim, je refuse l’échec et réalise une saison du tonnerre devenant même le meilleur joueur du championnat.
L’année suivante, Artur Jorge qui n’est pas jugé assez « sexy » par Canal + est débarqué. C’est Luis Fernandez qui prend les commandes. Son mode de management est complètement différent. Il faut s’adapter à un nouveau style de jeu, à une nouvelle personnalité tout en restant nous-mêmes. En championnat, on perd notre régularité et on devient une équipe de coups, à l’image du coach. Pratiquement aucun joueur ne s’entend avec Luis. Les relations sont très difficiles alors on s’auto-gère. En Ligue des Champions, on réalise cependant un joli parcours (12 points sur 12 lors des poules) mais on échoue en demi-finale contre le Milan AC. Ils sont plus forts que nous, il n’y a rien à dire…
En 1995/96, on perd le championnat après avoir eu 12 points d’avance. Heureusement, on se console en gagnant la Coupe des Coupes avec des nouveaux comme Youri Djorkaeff ou Julio Cesar Dely-Valdes. C’est aussi la fin de l’aventure pour Luis. Avant la finale, Yannick Noah vient pour apaiser les tensions entre les joueurs et le coach. Il fait le tampon et tout se termine bien puisque je soulève la Coupe avec le brassard de capitaine sur le bras. Dans la foulée, je dispute l’Euro 96 et je suis élu meilleur gardien de la compétition. A ce moment, j’ai envie de partir mais l’arrêt Bosman n’existe pas encore. Malgré quelques touches avec le Barça, les gardiens ne sont pas vraiment à la mode. Je reste donc au PSG.
En retrouvant le Camp des Loges pour entamer la saison 1996/97, je sens que ma motivation s’est effrité. Heureusement, l’arrivée du duo Ricardo-Bats nous convient bien. On retrouve un management familier. Dans ma vie privée, je ne suis pas au top à cause de mon divorce. Je transmets donc mon brassard de capitaine à Raï et me fixe un objectif : ne pas prendre de but. Je réalise un début de saison canon. Je suis invaincu jusqu’à ce penalty que j’arrête à Cannes où je me blesse au genou. Je me soigne mais je gère mal mon retour. Je reviens trop tôt pour aider le club. C’est une erreur. On parvient tout de même à aller en finale de la Coupe des Coupes. On perd contre le Barça car on les respecte trop. Un peu plus tôt, en février 97, je suis contrôlé positif au cannabis. J’assume le truc et purge ma suspension en juin-juillet, lors du tournoi de France. A ce moment, j’entre en conflit avec le club car il ne me reste plus qu’un an de contrat. Ils recrutent Revault et ne sont pas corrects avec moi. Tout est ambigu à cette époque. Claude Le Roy arrive et je suis saturé de tout ça. Je reste six mois en gestation avant de partir à West Ham. Mais la fin de l’aventure ne me convient pas et je n’ai pas la sensation que mon histoire soit vraiment terminée avec Paris… »
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West Ham : « La Coupe du Monde en tête »


« A cette époque, il n’est pas facile pour moi de trouver un club intéressant. Il y a certes le Real Madrid et les Glasgow Rangers qui se renseignent mais sans conviction. Il faut dire que ma suspension pour usage de cannabis et ma blessure me desservent. Les gens doutent de moi et je dois dire que de mon côté, je ne suis pas très rassuré. Finalement, la proposition de West Ham se présenteA et ça me convient. Le club n’est pas hyper pro mais je dois m’adapter car je suis dans l’urgence. J’ai la Coupe du Monde en ligne de mire. Je n’ai pas de temps à perdre. Malheureusement, je passe deux mois sur le banc de touche sans comprendre pourquoi. Personne ne m’explique ce qui se passe. J’ai l’impression que les dirigeants m’ont recruté sans me connaitre. J’ai aussi l’impression que je déplais aussi à certaine personne : l’entraîneur des gardiens par exemple qui fait tout pour favoriser son protégé, Craig Forrest. Finalement, le coach me donne enfin ma chance. Je joue trois fois de suite contre Arsenal et on ne perd pas. J’ai eu besoin de 45 minutes pour me mettre dans le bain. Après, je me fais plaisir. J’aime bien l’atmosphère des matches anglais. Ça sent bon le foot. Mais pour la première fois de ma carrière je ne pense pas trop au collectif. Je pense d’abord à moi et à la Coupe du Monde. Cela m’obsède car je sens qu’elle peut m’échapper. Au final, je réalise une dizaine de bons matches et trois mauvais. Je suis néanmoins content de l’expérience. Je me sens bien à Londres. J’habite dans l’hôtel où les Gunners sont au vert, j’ai des amis Mauriciens, je me balade tranquillement dans la ville. En quelques mois, je suis bien intégré et prêt à rester. Mais West Ham ne compte pas trop sur moi. Ils recrutent Hislop. J’ai des contacts avec Tottenham via Christian Gross mais ça achoppe. L’expérience anglaise tourne court et je retourne finalement au…PSG.»

PSG : « Retour au bercail parisien »


« Après la parenthèse londonienne que j'aurais aimé poursuivre, je n'ai que deux véritables propositions : Galatasaray et le PSG. Les Turcs m'offrent énormément d'argent, le challenge est excitant mais je ne suis pas seul. Pour conserver un équilibre familial, je décide finalement de retourner à Paris, sous la présidence de Charles Bietry. Mais tout commence très mal. Marco Simone, qui est un homme de Denisot, fait la guerre avec Bietry. Le changement de présidence engendre beaucoup de problèmes. Une transition doit s'opérer mais cela ne prend pas. Alain Giresse est limogé et Artur Jorge revient au bercail. Ça ne change rien. La dynamique est cassé et le groupe miné de l'intérieur. Comme je suis le plus capé, j'essaye de gérer les problèmes et d'être un trait d'union entre joueurs et dirigeants. Je vais donc voir les dirigeants pour réclamer le départ d'Artur et remettre en place certains joueurs comme Marco Simone. J'arrive à les convaincre et Philippe Bergeroo prend le relais. On se maintient de justesse et on peut préparer un truc sympa la saison suivante. En 1999-2000, je retrouve mon intégrité physique. On me met en concurrence avec Dominique Casagrande mais je sais que le match n'aura jamais lieu. Je retrouve mon vrai niveau. Le groupe est très sympa et le malheur de Bruno Carotti, qui perd son bébé, solidarise tout le monde. On termine deuxièmes et on perd en finale de la Coupe de la Ligue. Je réalise une belle saison sur le plan personnelle qui me permet de sortir sous une standing-ovation du public du Parc. Ce soir-là, je sais que l'aventure parisienne est définitivement terminée... »

Rennes : « Un petit tour et puis s'en va ! »


« La troisième fois est la bonne ! Dans le passé, j’ai déjà été contacté deux fois par le Stade Rennais. Cette année, je finis par signer car le challenge est intéressant, Paul Le Guen est l’entraîneur et lorsque je rencontre François Pinault, deux jours après la finale de l’Euro 2000, il me présente un projet ambitieux pour son club. Je signe donc un bon contrat d’une saison. Malheureusement, les millions dépensés le sont bêtement. La cellule de recrutement est trop large et chacun fait ce qu’il veut. On se retrouve avec des joueurs intéressants comme Lucas ou Luis Fabiano mais ils sont trop jeunes et n’ont aucune expérience du jeu européen. J’ai vu tout de suite que ces gars-là allaient avoir du mal à s’intégrer. Cela nous pourri la saison. C’est dommage car on possède un groupe talentueux avec des joueurs comme Escudé, Réveillère, Bigné…Paulo (Le Guen) ne peut pas faire de miracle. On pioche pendant 6 mois avant de trouver le déclic face au PSG, au Parc des Princes. C’est le match de la dernière chance pour Paulo. En cas de défaite, il se fait limoger. Je réunis les joueurs la veille du match pour leur dire que c’est maintenant qu’ils doivent réagir. « Pour nous mais aussi pour Paulo, il faut gagner ! » C’est ce qu’on fait (1-0) et ce succès solidarise encore un peu plus le groupe. On repart en flèche pour terminer au pied d‘une qualification européenne. Moi, après un début difficile, je me sens mieux sur la fin. La région me plait bien, j’habite une belle maison et j’apprécie le côté paisible et conviviale de ce club. Malheureusement, il existe une lutte de pouvoir entre certains dirigeants. Je perds beaucoup d’énergie à essayer de régler les problèmes entre les uns et les autres. Finalement, je romps le contact avec mes dirigeants qui ne renouvellent pas mon contrat. Quelques semaines avant la fin de la saison, Manchester United veut m’engager pour les dix derniers matches. C’est l’époque où Barthez est en froid avec Ferguson. Je suis tenté mais je refuse car ils ne peuvent pas me promettre de jouer 50% des matches. Ma femme est sur le point d’accoucher et je ne veux pas casser notre équilibre. Je termine donc la saison à Rennes en me disant que c’était une bonne expérience mais que ce n’est pas facile de descendre d’un palier. A l’inter-saison, j’ai quelques touches à l’étranger mais rien de passionnant. Je me fixe alors une dead-line : le 31 août. Je m’entraîne avec le club de Créteil, je fais de la musculation mais en vain. N’obtenant pas un dernier challenge excitant, je tire le rideau et embraye sur une nouvelle vie. Ma petite fille, Jade, naît le 10 septembre. Ma carrière se termine donc en douceur et je deviens un papa normal. D’un côté je ressens ce qu’on appelle la « petite mort » mais de l’autre je renais grâce à la naissance de ma fille... »





Equipe de France: « Quand mes rêves s'envolent ! »


« Il m’a fallu du temps avant de conquérir ma première sélection en équipe de France. J’ai rêvé pendant 10 ans de porter le maillot bleu. J’ai d’abord été appelé en tant que numéro 2 derrière Bruno Martini mais ça ne me suffisait pas. Gérard Houllier hésitait à me lancer dans le grand bain. Je crois qu’il a fallu que je dispute un match avec l’équipe de France A’ au Sénégal pour le convaincre. Là-bas, je réalise un gros match et tout le stade a été impréssionné devant ma performance. Le staff a peut-être alors perçu la dimension qui était la mienne. Le mois suivant, c’est Arthur Jorge qui vient m’apprendre dans les vestiaires du Camp des Loges que je serai titulaire contre Israël (le 17 février 1993, en éliminatoires du Mondial 94). J’ignore comment il le savait d’ailleurs. On gagne 4-0. Là, je suis dans mon trip, j’avais la fougue du débutant mais j’avais confiance en moi. J’apprends plus tard qu’à l’heure de ma première sélection, les rues de Cayenne étaient vides. Tout le monde était devant sa télé. Au début, l’ambiance n’est pourtant pas géniale dans le groupe. La rivalité entre Parisiens et Marseillais est féroce. On gagne néanmoins nos matches de qualification jusqu’à cette victoire en Finlande (1-0). A ce moment, tout le monde pense déjà qu’on est aux Etats-Unis. Dans le bus, certains Marseillais se font des films et discutent déjà de la future liste des 22 pour la World Cup. Tout le monde s’y croyait. Sauf qu’il fallait glaner un dernier point, contre Israël ou la Bulgarie, au Parc des Princes. On perd les deux ! Kostadinov inscrit le but assassin à la dernière minute. C’est terrible. Mon rêve s’est envolé en une fraction de secondes. Je l’avais entre mes mains mais il m’a échappé. Je parviens cependant à faire mon deuil de ce désastre en donnant tout à mon club.

On se lance ensuite dans les qualifes de l’Euro 96. Le Mondial 98 est en ligne de mire. Je suis un des plus âgés et je commence à prendre du poids dans le groupe. J’accueil tous les petits nouveaux : Tutu, Zizou, Liza, Fabien…On se qualifie à l’arrache et je dispute mon premier vrai test au niveau international. On est costaud mais encore un peu timide. On n’encaisse que 2 buts en 5 matches et en quart de finale on élimine les Pays-Bas aux tirs aux buts. Contre les Tchèques on manque d’audace et de fraîcheur. L’élimination est logique. Avant la Coupe du Monde 98, deux ans de matches amicaux se profilent. Deux ans délicats pour moi. Je perds d’abord ma place à cause de ma blessure au genou avant de purger une suspension pour usage de cannabis. Je rate le Tournoi de France mais j’ai encore un an pour retrouver ma place. Cela me suffisait pour retrouver mon niveau. Mais je ne trouve pas de club en quittant le PSG donc je ne peux rien dire. Je ne rejoue que le 22 avril 98 contre la Suède (0-0). Je débute cependant le stage au Maroc avec l’espoir d’être numéro 1. Mais j’ai un mauvais pressentiment. Aimé Jacquet m’annonce dans ma chambre d’hôtel que Fabien sera le numéro 1. J’ai les boules. Je suis isolé et je ne me sens vraiment pas bien. Personne n’est là pour comprendre mon désarroi ou me réconforter. Bergeroo était proche de Fabien. Des joueurs ont également eu une influence sur ce choix. La compétition débute alors que je n’ai toujours pas digéré le truc. Je reste un peu dans mon coin, j’ai du mal à m’extérioriser. Aimé me propose de jouer le 3e match, sans enjeu, contre le Danemark. Mais je ne voulais pas me mettre en danger ni mettre en danger le groupe. Il était plus sage de refuser. Je n’étais pas bien et Aimé l’a compris. Le fait d’admettre mon rôle de numéro 2 me libère un peu. Je joue mon rôle de rassembleur contre le Paraguay et je pousse Titi Henry à tirer son penalty contre l’Italie. Je sais que des millions de gens veulent être à ma place. Je me prends au jeu et je suis heureux au moment de soulever la Coupe du Monde. Je me console en me disant que j’ai été au début de cette aventure et que j’ai moi aussi participé à la victoire finale. Après ce 12 juillet 1998, la folie médiatique s’empare de l’équipe de France…

Lors des éliminatoires de l’Euro 2000, je joue un peu les bouche-trous lorsque Fabien est absent. Je refuse de venir pour être sur le banc. Je joue en Russie, contre Andorre et l’Islande. Au PSG, en 1999-2000, je retrouve mon vrai niveau et je pense pouvoir bousculer la hiérarchie en Bleus car Fabien traverse une période délicate avec Monaco. Mais rien n’y fait. Je reste numéro 2. La différence c’est que je suis plus libéré qu’en 98. Je joue le 3e match contre les Pays-Bas et on réalise un Euro fantastique. La France devient vraiment une équipe de winner. Après ce succès, on me pousse à quitter l’équipe de France, lors d’un match amical contre l’Angleterre, le 2 septembre 2000. Didier et Laurent prennent leur retraite internationale. Moi, je n’avais rien dit mais on ne me laisse pas le choix. Ce n’était pas méchant, juste un peu maladroit. J’ai pris le bouquet de fleurs, un petit trophée et hop, c’était terminé !